Je vivais à Malte à l'époque, lorsque M. habitait dans sa Hollande natale. Et pourtant, après neuf jours de relation, nous étions déjà fiancés, ayant immédiatement plongé dans la vie l'un de l'autre. Chaque visite devenait un long voyage en nous-mêmes, exposant tous nos rêves, espoirs, désirs et illusions cachés. Mais, d'une manière inattendue, chacun a découvert dans l'autre les graines de la folie. En particulier, elle souffrait d'hallucinations - le Diable apparaissant spontanément à d'étranges moments. Finalement, M. a disparu, ne laissant aucune trace.
Cet événement a déclenché un des faits les plus étranges de ma vie : je suis devenu fou. Isolé dans une ancienne maison maltaise, j'ai enduré des explosions d'émotion, subi des pensées de suicide, et expérimenté les hallucinations les plus bizarres. Lorsque j'étais au fond du gouffre, son Diable a émergé de sous les escaliers et me tendait le couteau avec lequel je devais me couper le poignet...
Quand j'ai pensé faire un portrait de M., ces événements me sont brutalement revenus en mémoire. Je me suis aussi souvenu que, des années plus tard en Alsace, j'ai vu une sculpture médiévale de Ste Marguerite avec une lance cruciforme dans la main, piétinant un dragon à ses pieds. Cette image a profondément résonné en moi, et m'a renvoyé à la Légende Dorée de Jacques de Voragine, avec son récit médiéval de la vie de Ste Marguerite. Là j'ai appris que le Diable apparaissait continuellement à Ste Marguerite au cours de sa vie : une fois tel un jeune homme attractif qu'elle combattit par force; une fois tel un dragon qui l'avala toute entière jusqu'à ce qu'elle lui transperse le ventre avec un crucifix pour sortir. De Voragine a expliqué que : "...le nom Marguerite est aussi le nom d'un précieux joyau appelé margarita - perle - qui brille d'une lumière blanche, est petit et puissant."
Dans la partie supérieure de ma peinture, j'ai reconstruit cette sculpture médiévale alsacienne de mémoire, ainsi que le Diable que Ste Marguerite avait combattu avec sa lance. L'histoire de sa descente dans le ventre du dragon, parallèlement, est représentée dans la partie inférieure du tableau. Son imagerie est dérivée de mes propres hallucinations du Diable. Mais, puisque ces hallucinations avaient un étrange aspect aztèque, ma vision du monde souterrain s'est étendue à de nombreuses sculptures aztèques et maya existantes. Cette imagerie peut être explorée plus en profondeur à travers le lien Entrez dans le Monde Souterrain.
Je ne sais comment, mais j'ai survécu à ce voyage souterrain à travers l'insanité temporaire. C'est ce que M. a fait, comme je l'ai su dix ans plus tard, lorsqu'elle a repris contact avec moi. Elle avait cette rare qualité - le souvenir d'une innocence et d'un regard enfantins - qui lui permettait d'endurer tous les tourments ultérieurs de la vie. Cette qualité est une chose que j'ai essayé de représenter avec la perle - pure, blanche, et parfaite, mais formée dans le ventre d'une créature sous-marine.
Dans ma peinture, M. émerge du monde souterrain avec la perle dans les mains. La perle est blanche et brillante - mais pas entièrement libre de l'imagerie démoniaque maya se reflétant du dessous. Et le dragon aztèque à deux têtes, en même temps, essaie de la dévorer une fois de plus. Signifiant... que le voyage souterrain laisse ses marques sur nous, et nous continuons à vivre sachant que la folie peut à nouveau nous avaler...
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