ENTRER
A TRAVERS
L'IMAGE
LAncien Langage dImages
dans les Mythes, lArt, & les Rêves
L. Caruana
Limage elle même vous montrera la voie...
Corpus Hermeticum (IV, 11)
Introduction
L'ANCIEN LANGAGE D'IMAGES
A NOTRE EPOQUE MODERNE
Mais que penser de notre art humain ?
Ne dirions-nous pas que...
il produit ...une sorte de rêve humain
à l'usage des gens éveillés ?
- Platon, le Sophiste (266c)(1)
I. Le Fragment perdu
Un texte hérétique ancien, resté enfoui pendant mille sept cents ans et n'ayant refait surface qu'au vingtième siècle, contenait entre ses vieilles pages un fragment court, mais ô combien intrigant. Le texte, une oeuvre Gnostique Chrétienne du troisième siècle, fut découvert par deux paysans musulmans qui ont déterré par accident, près de Nag Hammadi en Egypte, une cruche contenant douze livres en cuir. Bien que leur mère utilisa l'un des livres comme combustible, la plupart des volumes furent emportés au Caire par un marchand borgne, où les experts français les ont immédiatement reconnus comme un trésor fantastique des Evangiles Gnostiques, préservant une conception du monde qui était oubliée depuis longtemps. Parmi les cinquante deux textes, un seul fragment nous enjoint, assez mystérieusement, à ...entrer à travers l'image.(2) Pour retrouver la Philosophie Ancienne derrière ce fragment nous attend un long voyage, en gardant toujours à l'esprit que l'image elle même vous montrera la voie...(3)
Dans toutes les manifestations culturelles du Sacré, des hiéroglyphes égyptiens et sceaux sumériens jusqu'aux mandalas bouddhiques et icônes byzantins, une vision mythique est préservée dans les arrangements significatifs des images. Entrer à travers les images de ces cultures anciennes, c'est voir à nouveau le Sacré qui gît à leur source. Bien que les reliques d'art et les vestiges de leurs mythes nous aient été transmis, nous avons perdu la clé qui, en la tournant doucement, nous révélerait les mystères qui y sont enfermés. Franchir leur seuil sacré demande d'approcher les images elles-mêmes, penser en accord avec leur structure, de façon à recouvrer l'ancienne manière de penser-en-images qui est encore préservée dans leurs formes tacites.
Tout comme l'art et les mythes, nos rêves créent chaque nuit des arrangements d'images, improvisant des narrations qui évoluent continuellement en des visions de signification éternelle. La manière ancienne de penser-en-images se manifeste dans les rêves - un style de pensée que nos ancêtres ont poursuivi dans leur art sacré et leurs contes, cherchant ainsi à élever son fonctionnement inconnu vers notre compréhension. Si nous voulons entrer à travers les images de cultures anciennes, il nous faut réacquérir leur Langage d'Images oublié, un langage qui continue son monologue tacite dans nos rêves. La manière de penser qui gît sous le Langage d'Images est précisément ce que nous entendrons par le terme 'iconologique'.
L'iconologique, pour être simple, signifie penser-en-images. Dans les rêves, les mythes et les oeuvres d'art, les images sont composées de façon à porter leur propre message. La réapparition de certains motifs, ici dans un rêve, là dans un mythe, suggère qu'une logique inhérente est à la base de ces arrangements. Dévoiler le Langage d'Images oublié et exposer sa logique latente - ou 'iconologique' - est la tâche pressante qui nous attend. Car, grâce à cette connaissance primordiale, nous serons capables d'entrer à travers les images des cultures anciennes, et regagner leur vision perdue de la vie et du Sacré. De plus, avec cette connaissance, nous pourrons retourner dans nos rêves, et retrouver un regard sur la vie resté longtemps inconnu.
L'iconologique, alors, est à la base de l'ancien Langage d'Images et organise celles-ci en arrangements significatifs, que ce soit des clusters d'images provenant des mythes, de l'art ou des rêves. Les ensembles d'images qui révèlent un sens et un arrangement reconnaissables seront désormais désignés par le terme 'iconologues'. Les symboles, les mythologèmes et les narrations mythiques constituent les iconologues les plus évidents, bien que beaucoup d'autres existent. Car les symboles peuvent être combinés, les mythes peuvent se croiser, et les mythologèmes peuvent être déplacés d'une culture à l'autre. Donc, toutes ces transformations seront également inclues parmi les iconologues qui vont nous intéresser au cours de notre étude.
Le but ultime de cette étude est de regagner la manière ancienne de penser-en-images afin d'entrer à travers l'image comme nous l'avons fait jadis. Car, à travers l'ancien Langage d'Images nous pourrons retrouver un regard plus ancien sur le Sacré - une philosophie oubliée qui considère la vie elle-même comme un déploiement graduel du Sacré.
II. La Quête de l'Ancien Langage d'Images
Notre quête de l'ancien Langage d'Images n'est pas chose nouvelle. Plusieurs grands penseurs de notre culture ont fait preuve, dans certains fragments de leurs oeuvres, d'un désir de retrouver cette manière perdue de penser. Dans chaque cas, ils considéraient la manière de penser-en-images comme un style de pensée plus ancien. Par exemple, après une vie de déambulations incessantes à travers les forêts obscures et les cavernes sinueuses de son esprit, Nietzsche a réalisé que :
...Comme maintenant encore l'homme raisonne en rêve, l'humanité raisonnait aussi dans la veille durant bien des milliers d'années...
Le rêve nous reporte dans de lointains états de la civilisation humaine et nous fournit un moyen de les comprendre.(4)
Ce penseur solitaire, se tenant au bord et regardant tout au fond de l'abîme à l'intérieur de lui-même, a fait la découverte importante que l'homme 'raisonne en rêve' - tout comme il raisonnait dans la veille il y a des milliers d'années. Nietzsche voulait sans doute parler de notre ancienne mythologie, car il reconnaissait que le mythe lui-même est une sorte ou un style de penser.(5) Mais son point de vue témoigne aussi de la possibilité d'une iconologique, persistante durant des milliers d'années, et résonnant encore dans notre propre siècle.
Bien qu'il ait survécu et persiste inconsciemment dans nos rêves, ce style unique de pensée a graduellement été oublié au fil de l'Histoire. Il a été remplacé par un discours plus orienté sur les mots et concepts, basé sur la logique prédicative de notre langage parlé et écrit. Le logos a gagné de l'importance sur le mythos. Mais, considérant que l'Humanité a formulé sa 'Première Philosophie' par les pensées mythiques, liant des choses mondaines à d'autres transcendantes grâce à des symboles et des métaphores, la perte de cet ancien mode de pensée a eu de profondes conséquences - car l'Humanité a ainsi perdu l'ancien Langage d'Images qui lui permettait de voir le Sacré et d'en parler mythiquement et poétiquement, comme elle le faisait dans un passé lointain. Martin Heidegger, l'un des héritiers philosophiques de Nietzsche, a écrit énormément(6) sur le finis metaphysicae : comment notre ère a assisté à la fin de la métaphysique, dû au fait que l'homme moderne ait perdu le pouvoir de créer une philosophie mythopoétique, comme il le faisait dans des temps anciens.
III. La 'Préhistoire de l'Esprit'
et son 'Héritage Archaïque'
dans les Rêves
Un autre chercheur de l'ancien Langage d'Images émergeant juste après la chute de Nietzsche dans la folie, et cherchant aussi sa destinée dans le monde souterrain des rêves, était Sigmund Freud. Si le Zarathustra de Nietzsche se déploie comme un rêve symptomatique de sa folie naissante, alors l'Interprétation des Rêves de Freud, écrit vingt ans plus tard, révèle un effort intense pour trouver la sortie d'une telle folie. Comme Nietzsche, Freud souffrait d'une façon traumatique des circonstances de la mort de son père. Il a contracté une névrose qu'il était capable de guérir en plongeant dans ses rêves et en émergeant avec la clé pour les décrypter.
Au cours de ce procédé, Freud a fait une série d'étonnantes découvertes concernant les façons dont les images sont arrangées dans les rêves. Il a découvert, tout d'abord, que les images des rêves sont des symboles qui, une fois interprétés par les libres associations du rêveur, révèlent des pensées, des souhaits et des désirs inconscients - même des souvenirs perdus de la plus jeune enfance - qui sous-tendent des conflits de la vie et empêchent son développement continuel. Mais, plus important, Freud en est venu à réaliser, dans le chapitre 'Les Procédés de Figuration du Rêve', que la 'symbolisation' n'est pas la seule façon de disposer les images dans les rêves. 'La Condensation', 'le Déplacement', 'le Renversement' et d'autres formes du 'travail du rêve' composent aussi des images dans les narrations des rêves - parfois révélant, parfois obscurcissant leur signification plus profonde. Ces séries d''iconologues' découvertes par Freud ne sont pas uniques aux rêves : les mythes anciens et les oeuvres d'art sacré ont également une tendance à renverser, déplacer, et condenser leurs images, révélant ou obscurcissant ainsi leur source cachée.
Comme Nietzsche, Freud était passionné par la culture grecque ancienne, et voyait l'interprétation des rêves comme une nouvelle herméneutique capable de dévoiler des aspects des cultures anciennes désormais oubliés. En fait, la Psychologie du Rêve pourrait être considérée comme une tentative voilée pour redécouvrir l'ancienne manière de penser à la source de notre Langage d'Images longtemps perdu. Dans L'Interprétation des Rêves, Freud écrit :
Nous pressentons toute la justesse des paroles de Nietzsche, disant que 'dans le rêve se perpétue une époque primitive de l'humanité, que nous ne pourrions guère plus atteindre par une voie directe'; nous pouvons espérer parvenir, par l'analyse des rêves, à connaître l'héritage archaïque de l'homme, à découvrir ce qui est psychiquement inné.
Il semble que rêve et névrose nous aient conservé de la préhistoire de l'esprit bien plus que nous ne pouvions supposer, si bien parmi les sciences qui s'efforcent de reconstruire les phases les plus anciennes et les plus obscures des origines de l'humanité.(7)
Dans la tragédie d'Oedipe roi de Sophocle, Freud a trouvé un mythe ancien qui fonctionne encore dynamiquement dans le psyché de l'Homme moderne. Il s'ensuit que, si un tel mythe ancien pouvait illuminer les sombres travaux de l'esprit moderne, alors, vice versa, une enquête sur nos songes, nos rêves, et nos délires quotidiens pourrait révéler des fragments perdus et oubliés des mythologies passées. Par exemple, le complot des seconde et troisième parties de la trilogie Prométhée d'Eschyle - dont nous avons seulement quelques fragments - pourrait-il être retrouvé en allant chercher les parallèles de ses narrations dans nos rêves ? Est-ce que le feu Prométhéen, éteint à notre époque, aurait ainsi été rallumé ?
C'était l'ancien disciple de Freud, C. G. Jung, qui a étendu le voyage dans les royaumes plus sombres de l'inconscient, découvrant, derrière les personnes proches qui peuplent les rêves, une multitude d'archétypes des mythologies passées. Jung faisait une distinction entre 'l'inconscient personnel' du rêveur, exploré par Freud, et 'l'inconscient collectif' qu'il a exploré après sa rupture traumatique avec Freud qui a toujours assumé le rôle d'aîné Juif patriarche.(8)
Jung a finalement réalisé que les figures des rêves n'étaient pas seulement des connaissances personnelles du rêveur, mais des figures plus archaïques et universelles, que l'analyste pouvait reconnaître à travers l'art et les mythes. Ces figures mythiques sont survenues de coins sombres et anciens de l'inconscient, das kollektive Unbewusste, une source ancienne de mémoires archaïques. Jung a décrit l'inconscient collectif comme le monde d'images inconscientes qui... est aussi la matrice de l'imagination créatrice des mythes, imagination avec laquelle notre ère rationaliste semble avoir perdu le contact.(9)
Une connaissance de la mythologie est ainsi devenue le moyen de nous orienter plus loin à travers les rêves et, inversement, les rêves peuvent nous mener plus loin dans les sombres origines de notre propre pensée. Complétant l'inspiration initiale de Nietzsche et Freud, Jung a écrit :
Beaucoup... de motifs mythologiques... peuvent également être trouvés dans les rêves, souvent avec exactement la même signification... La comparaison des motifs de rêves avec ceux de la mythologie suggèrent l'idée - déjà avancée par Nietzsche - que penser-en-rêves devrait être regardé comme un mode de pensée phylogénétiquement ancien.(10)
La contribution de Jung dans la tentative, à notre époque, de retrouver cette manière perdue et oubliée de penser-en-images, survient avec sa découverte des Archétypes. Les Archétypes sont exactement ce que les mythes et les rêves ont en commun. Dans les propres mots de Jung, ils sont ... des formes ou images d'une nature collective qui se manifestent pratiquement dans le monde entier comme éléments constitutifs des mythes et en même temps comme produits autochtones, individuels, d'origine inconsciente.(11) Ainsi, des figures telles que 'L'Enfant', 'Le Vieux Sage', ou 'Le Fou' émergent dans les songes, les rêves et les délires mais, comme produits spontanés de notre imagination, peuvent aussi être trouvés dans les mythes, les contes de fées, et même dans les cartes de Tarot.
IV. Mythe, Narration et Temps
Il y a d'autres penseurs qui, pendant 'les ténèbres de ces temps'(12), ont séjourné dans les royaumes chtoniens de nos pensées primitives. Mais, au lieu de pénétrer dans la sombre forêt des rêves et de la folie, ils ont voyagé le long de la rivière asséchée des mythes anciens. Leur tâche était de réanimer les formes squelettiques encore incrustées comme des fossiles le long de son rivage.
Et le monde qui par la suite s'est révélé dans les mythes n'était pas différent du monde des rêves et de la folie : plein de merveilles, terreur, et pitié; une roue de joie et de chagrin tournant sans cesse, où les délices se dissolvent rapidement en de sombres illusions et les moments d'agonie se transforment en une révélation divine.
Ce sont principalement les penseurs Northrop Frye, Mircea Eliade, Heinrich Zimmer, et Joseph Campbell qui ont tenté de ramener les mythes anciens à notre conscience moderne. En particulier, ils ont découvert comment les mythes sont un arrangement d'images dans le temps. Cela se vérifie dans les mythes Cosmogoniques, incluant la création ou la destruction du monde; et dans les mythes Héroïques, incluant le départ du héros, sa descente et sa tâche accomplie au nadir ténébreux, suivis de son retour. Les mythes Héroïques arrangent particulièrement leur images en accord avec les motifs narratifs qui surviennent sous des formes différentes à cause des tâches différentes du héros.
Dans ses dernières oeuvres, Northrop Frye explore la structure temporelle et les motifs narratifs sous-jacents à notre propre mythe culturel, réalisant que la narration Chrétienne arrange les images selon un temps linéaire qui transparaît dans l'Histoire se déployant 'une seule fois'. Au cours de l'Histoire linéaire, certaines images de la Création réapparaissent, subissant des modifications de l'Ancien au Nouveau Testament, jusqu'à ce que, finalement, elles réapparaissent et se résolvent dans l'Apocalypse. Bien qu'Adam tombe du Paradis au commencement des temps, Noé, Abraham, Moïse, et d'autres Sauveurs culminant jusqu'au Christ, descendent dans leurs mythes vers un nadir ténébreux afin de restituer ce paradis perdu. Mais c'est seulement à la fin des temps, pendant l'Apocalypse, que cette vision du Paradis sera restituée en entier.
Ainsi, les narrations du Judéo-Christianisme transparaissent en temps linéaire historique, et acquièrent, selon Frye, une structure narrative en forme de U. La tâche du héros du Christianisme est de restituer, à la fin, ce paradis qui a été perdu au commencement. De cette façon, la Bible est devenue pour notre culture un 'Grand Code', que nous avons suivi sans faille dans tous nos arrangements d'images en littérature, poésie, et art. Il est aussi le code que notre propre culture projette inévitablement sur les autres, dans ses tentatives de comprendre leur art et leurs mythes.
De même, Heinrich Zimmer et Joseph Campbell ont fouillé dans les écritures Hindoues et Bouddhiques, et ont découvert des structures narratives différentes qui arrangent leurs images en cycles récurrents du temps. (Bien que cette conception du temps était déjà connue de notre culture dans l'Age de Bronze, les siècles suivants du Christianisme l'ont graduellement obscurcie). Dû au temps cyclique, les structures narratives de l'Hindou-Bouddhisme sont, selon Campbell, en forme de O. Des figures telles que Brahma, Shiva et Vishnu créent, détruisent et restaurent continuellement le cosmos. La tâche du Bouddha est donc, par opposition au Christ, de trouver le point immobile au centre des illusions tourbillonnantes du temps.
Mais ces deux vues opposées du temps ont été complétées par Mircea Eliade. Dans son livre Le Mythe de l'Eternel Retour, il reconnaît l'existence d'un autre mode du temps plus ancien qu'il a appelé 'Le Temps Mythique'. Comme Zimmer et Campbell, Eliade a commencé ses études sur les écritures Hindoues, mais a vite élargi ses analyses à toutes les religions du monde. Il s'est aussi plongé dans les pratiques chamanistes de cultures Primitives, dont les croyances pourraient constituer les origines primordiales de toutes les religions. Son analyse révélait un regard sur le temps nettement différent du Judéo-Christianisme et de l'Hindou-Bouddhisme, parce que les narrations anciennes arrangent leurs images dans un 'Temps Mythique' plus ancien - un Temps Eternel et sacré qui transparaît avant et après l'histoire linéaire, et qui est en dehors des cycles récurrents du temps.
Les iconologues du temps, de la narration et de la tâche héroïque deviennent des clés qui ouvrent les portes, non seulement des mythes, mais aussi des rêves. Car les mythes et les oeuvres d'art ont continuellement cherché leur source d'images dans les rêves. Pourtant, en donnant à ces brèves apparitions des formes plus solides, les mythes et l'art ont ainsi élevé les sombres mécanismes des rêves à la lumière de la conscience. Les rêves, comme les mythes, sont aussi un arrangement d'images dans le temps, et se dévoilent selon certaines structures narratives. Dans les rêves, le héros onirique acquiert une certaine tâche, et doit franchir un dangereux seuil de vie afin de l'accomplir. Et donc, comme Campbell a conclu après une vie dédiée à la mythologie, Dans les mythes... nous entrons dans la sphère des rêves éveillés.(13)
De cette manière, Campbell est lentement devenu conscient du même accord profond que Nietzsche, Freud et Jung avaient aussi décelés entre les rêves et les mythes. Les mythes, d'une façon plus structurée, utilisent les mêmes symboles et narrations qui se manifestent spontanément dans les rêves. Les images, spécialement les images des rêves, remarque Campbell, sont la base de la mythologie.(14) Et Eliade a affirmé ce sentiment : On retrouve dans les univers oniriques les symboles, les images, les figures et les événements qui constituent les mythologies.(15)
Alors, les mythes doivent également être considérés comme des arrangements d'images qui manifestent 'la préhistoire de l'esprit'; qui manifestent aussi son 'héritage archaïque' et son 'mode de pensée ancien' caractéristique des rêves. Ainsi, parmi les découvertes de Nietzsche, Freud et Jung; parmi les différents symboles, archétypes, condensations et déplacements qui arrangent les images dans les rêves, nous devons aussi inclure les structures mythiques de la tâche du Héros, de la narration et du temps découverts par Frye, Eliade, Zimmer et Campbell. Tous constituent différents iconologues sous-jacents à l'ancien Langage d'Images.
A notre époque, il y a aussi des artistes et écrivains qui, à travers les arrangements d'images dans leurs oeuvres, ont trahi un désir secret de retrouver la manière perdue de penser-en-images. Notre recherche vers l'ancien Langage d'Images ne serait pas complète sans que nous ayons considéré des oeuvres d'art plus récentes où persistent encore des tendances anciennes.
Parmi les artistes qui ont poursuivi l'imagerie des rêves dans leurs oeuvres se trouvent les peintres Surréalistes tels que Dali et Magritte, ainsi que les artistes Visionnaires tels que Ernst Fuchs et Johfra. Parmi les romanciers qui ont croisé des mythes anciens dans leurs narrations modernes, nous citerons Nikos Kazantzaki et Hermann Hesse. Ils ont tous utilisé dans leurs oeuvres les mythes, symboles et mythologèmes afin d'entrer, à nouveau, à travers l'image.
|